Vivre loin… survivre ici

Je n’ai jamais ressenti un manque aussi profond de mon pays qu’hier.

Une Semaine sainte si fade, presque insignifiante, que je ne sais même pas quoi en penser. Honnêtement, mon église avait un programme… mais mon cœur n’y était pas. Après presque dix ans à l’extérieur, suis-je devenue membre de la diaspora ? Non. Je refuse.

Mais revenons à l’essentiel : je suis en manque. En manque de mon pays, de mon soleil, de la nourriture fraîche, d’une vie sociale… je suis en manque de vie.

J’essaie, sincèrement, de m’adapter à cette vie étrangère. Mais certaines dates, certaines saisons, ravivent tout. Elles rendent l’absence plus lourde, plus réelle.

Je veux du poisson gros sel… (et pourtant, moi qui dis toujours que je ne mange pas de poisson !).
Je veux retrouver ces Semaines saintes en Haïti, celles de mon adolescence, parmi mes plus beaux souvenirs.

Je sais que la situation est difficile en ce moment, inutile de me le rappeler. J’ai même du mal à écouter les nouvelles. Mon cœur se serre chaque fois qu’un compatriote évoque “l’avant”, ces souvenirs qui me hantent doucement.

Alors je survis ici, en terre étrangère, comme suspendue, sans véritable ancrage.

Je pourrais aller ailleurs, au Nord, au Sud… mais non. Je veux Port-au-Prince.
Je veux être émue devant un chemin de croix à Carrefour.
Je veux un concert de Pâques à Bolosse.

Je veux que l’odeur de la cuisine de ma mère me réveille le matin.
Je veux que tout s’arrête quand “Les ennemis de Jésus” passent à Radio Lumière, et voir ma mère émue, chaque année, comme si c’était la première fois.

Je veux mes traditions.

Je veux même le stress des embouteillages, celui qui agace mon père… et qui finit par m’agacer aussi.
Je veux une tenue neuve pour le dimanche de Pâques, suivie d’un repas si copieux qu’on en tombe presque dans un coma joyeux.

Je veux vivre.

Je suis fatiguée de travailler un Vendredi saint jusqu’à 18h, puis d’assister à un service à 19h qui semble presque ordinaire… où l’on vient en jeans, comme un simple soir de semaine.

Je veux pouvoir crier : Mon Dieu, Kyrie eleison.
Est-ce trop demander que les chants d’espérance soient pleinement vécus le dimanche matin ?
Est-ce trop demander que le sermon des Rameaux parle réellement de cette entrée triomphale, de cette semaine qui bouleverse tout ?

Je n’ai pas de solution à offrir.
Je voulais simplement que vous pleuriez et priez avec moi.

Parce que, oui… je souffre.


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