Et moi, dans tout ça ?

“Ne pas boire ce calice”

Il y a quelques semaines, ma mère, grande lectrice, partageait avec moi un résumé de sa dernière lecture : l’histoire d’un homme qui racontait candidement sa vie et son parcours dans le ministère.

Selon elle, le livre avait une vocation plutôt inspirante, particulièrement pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans le ministère et apprendre à faire confiance au Seigneur pour les guider.

Jusque-là, très bien.

Puis elle m’explique que cet homme avait décidé de se marier et de fonder une famille à l’une des périodes les plus difficiles de sa vie sur le plan économique.

PreK—Pause !

I am sorry, but what?

Ne percevant visiblement pas mon changement d’attitude, ma mère continue tranquillement son récit. Elle m’explique qu’à cette époque, Monsieur ne pouvait même pas s’acheter un simple vêtement, qu’il n’avait parfois pas les moyens de prendre deux repas par jour et, surtout, qu’il n’avait ni salaire fixe, ni aide parentale, ni véritable stabilité financière.

Bref.

Rien du tout.

Alors, naturellement, j’ai posé la question qui me semblait évidente :

Pourquoi, alors qu’il avait déjà du mal à prendre soin de lui en tant que célibataire, courtiser une femme, se marier et éventuellement fonder une famille semblait-il être une bonne idée ?

Jacques… Jacques…

Pas de réponse.

Des semaines après cette conversation, je n’arrive toujours pas à m’en défaire. Un petit frisson d’effroi me saisit chaque fois que j’y pense.

Devrais-je lire le livre moi-même ?

Non.

Je ne pense pas que le struggle love et les immenses sacrifices que sa femme a probablement dû faire pour soutenir cette grande aventure feraient du bien à mon système nerveux.

Parce qu’une pensée ne cesse de me revenir : il y a une chose que beaucoup d’hommes apprennent très tôt à faire, c’est se considérer dans leurs propres décisions.

Quels que soient leurs bonnes intentions, leur situation, leur amour et tout le tralala, ils ont souvent été socialisés à se demander : Qu’est-ce que je veux ? Où est-ce que je veux aller ? Quelle vie est-ce que je veux construire ?

Les femmes, elles, ont longtemps reçu un autre enseignement : prendre soin. Soutenir. S’adapter. Comprendre. Attendre. Pardonner. Accompagner. Sacrifier.

Après un moment de silence, j’ai finalement dit à ma mère :

« Histoire d’horreur que tu lis là… bonne lecture ? »

Parce que je ne comprenais sincèrement pas comment elle pouvait me raconter tout cela sans s’indigner.

Puis je me suis souvenue qu’elle venait d’une autre génération. Une génération où il était attendu, parfois même valorisé, qu’une femme souffre avec quelqu’un au nom de l’amour. Il y avait presque un honneur dans le fait de pouvoir dire : J’étais avec lui quand il n’avait rien.

Avec l’espoir, bien sûr, qu’une fois les rêves de Monsieur réalisés, celle qui l’avait accompagné dans la misère profiterait enfin des fruits de tous ces sacrifices.

Yeah…

Un moment de silence pour nous, les femmes.

Le patriarcat.

Profond soupir.

Et derrière mon sarcasme, il y a en réalité une profonde tristesse.

Parce que, dans les semaines qui ont suivi, j’ai pensé aux femmes de mon entourage. Aux femmes de ma famille. Aux femmes que j’ai rencontrées dans mon travail, aujourd’hui comme autrefois.

À toutes celles qui ont été socialisées à mettre les besoins des autres avant les leurs.

À celles à qui l’on a appris que l’amour véritable devait nécessairement coûter quelque chose.

Souffrir en silence.

Réduire leur lumière.

Perdre progressivement leur voix.

Reporter leurs propres rêves.

Et espérer qu’un jour, tous ces sacrifices seront récompensés dans l’ombre du succès d’un conjoint qui, lui, a été socialisé à se mettre au centre de sa propre existence.

Et l’on attend ensuite qu’il reconnaisse spontanément l’ampleur de ce sacrifice et se sente obligé de le récompenser.

Encore une fois…

Profond soupir.

Mais qu’arrive-t-il aux femmes qui décident de ne pas boire de ce calice?

Elles sont qualifiées d’égoïstes

Froides.

Insolentes.

Trop exigeantes.

Trop indépendantes.

Tout cela parce qu’elles osent vouloir mieux pour elles-mêmes.

Parce qu’elles osent poser des questions avant de s’engager.

Parce qu’elles osent se demander :

« Et moi, dans tout ça ? »

Parce qu’elles réfléchissent à ce qu’une situation leur apportera, ou leur coûtera, avant de dire oui.

Parce qu’elles osent rêver de leurs propres réussites au lieu de se contenter d’être les témoins privilégiées de celles des autres.

L’ambition masculine est souvent considérée comme naturelle.

Chez une femme, cette même ambition peut rapidement devenir suspecte.

Elle veut « agir comme un homme ».

Elle est trop centrée sur elle-même.

Elle demande trop.

Elle aurait dû apprendre à construire avec quelqu’un.

Et parfois, ce qui me frappe le plus, c’est que les femmes peuvent devenir elles-mêmes de grandes gardiennes de ces règles patriarcales. Souvent parce que c’est ainsi qu’elles ont survécu, et que c’est pour cela qu’on les a récompensées. Le backlash peut alors être encore plus violent lorsqu’il vient d’elles.

N’est-ce pas triste ?

Alors, à toutes celles qui ont osé rêver et choisir mieux pour elles-mêmes, je lève mon verre.

À celles qui ont posé la question qui dérangeait.

À celles qui sont parties.

À celles qui ont refusé de confondre amour et souffrance.

À celles qui ont décidé que soutenir quelqu’un ne devait pas signifier disparaître derrière lui.

Merci.

Merci de m’inspirer à vouloir mieux pour moi aussi.

Parce qu’il faut constamment repenser, questionner et déconstruire des croyances patriarcales tellement anciennes qu’elles peuvent parfois ressembler à nos propres convictions.

Il faut combattre le doute.

Apprendre à prendre soin de soi sans culpabilité.

Et parfois accepter que choisir une autre manière de vivre signifie emprunter une route moins fréquentée.

La route est beaucoup plus longue qu’on ne le pense.

Et parfois, elle est solitaire.

Alors, puisse chacune trouver sa communauté.

Des femmes avec qui grandir.

Des femmes qui ne vous demanderont pas de diminuer votre lumière pour préserver le confort des autres.

Des femmes qui applaudiront vos ambitions aussi fort que votre capacité à aimer.

Des femmes auprès desquelles prendre soin de soi ne sera jamais considéré comme une trahison.

Et puissions-nous continuer à nous rappeler les unes aux autres que nous avons aussi le droit d’être au centre de notre propre vie.

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P.S. Soooo… j’ai créé une chaîne WhatsApp. 🫶🏾✨

J’avais envie d’avoir un petit espace où partager davantage les petits moments du quotidien, ceux qui ne nécessitent pas forcément tout un article de blog ou une publication parfaitement préparée pour les réseaux sociaux.

Au programme : des petits bouts de ma vie, voyages, skincare, tenues, mes coups de cœur du moment, observations random, mes tentatives de soft life et, comme toujours… mes opinions bien tranchées. 😂

Bref, un petit coin d’Internet beaucoup plus décontracté où je peux simplement passer, partager ce qui me vient et continuer ma journée.

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